L'EMPEREUR
Interprétation
1. L'Empereur est dans une position intermédiaire entre l'activité et la passivité. Cette attitude lui permet de préserver ses énergies en rendant néanmoins possible un mouvement rapide, si celui-ci était jugé nécessaire. Il peut intervenir à tout moment. On peut qualifier sa posture de vigilante, manifestant une tranquille assurance.
2. Le bleu domine, symbolisant ainsi l'aspect féminin et réceptif du personnage. La réalité maîtrisée autorise seule l'exercice mental. Lorsque les besoins vitaux ou même les désirs artificiels ne sont pas satisfaits, le travail réflexif, la production mentale, la liberté de penser sont rendus impossible. La veste rouge représente le paraître, puisque c'est le vêtement qui recouvre, c'est donc celui que l'on voit en premier. Elle lui donne une apparence de force et d'activité que l'Empereur doit maintenir pour le regard d'autrui. C'est en quelque sorte le masque sous lequel il se dissimule, l'enveloppe protectrice sous laquelle il s'abrite, l'image qu'il donne de lui-même.
3. L'orientation totale du corps et du visage vers la gauche traduit non pas une projection dans l'avenir mais bien au contraire un regard sur son passé. Il ne se pose pas la question : « qu'est-ce que je vais faire ? » mais : "qu'est-ce que j'ai fait ?". Il observe ses actes antérieurs, le parcours accompli. Il ne se situe pas dans l'activité conquérante et épuisante mais dans la jouissance de la position acquise. Il marque un temps de repos. La première pause du Tarot. Un temps d'arrêt non pas vide mais empli de la satisfaction de l'œuvre accomplie.
4. L'Empereur doit, pour bien être saisi, s'étudier comparativement à l'Impératrice. La première différence notoire réside sans nul doute dans le sceptre ainsi que dans le maintien de l'emblème royal. Il est tenu de la main droite donc plus valorisé que chez l'Impératrice qui, elle, le tient de la main gauche. Toute la puissance de l'Empereur est dans cet acte d'affirmation et dans cet objet. La main est élargie et agrandie comme pour donner la mesure de la force du mouvement et également signifier par là toute l'énergie nécessaire pour supporter le poids du pouvoir. Il est brandi, érigé vers le haut dans une parfaite verticale. Il est porté et non pas supporté comme chez l'Impératrice.
La dernière différence à prendre en compte au niveau du sceptre, réside dans le fait que le globe et la croix sont ici en relation, dans la continuité l'un de l'autre. La spiritualité se déverse librement sur le monde, la Terre s'abreuve au Ciel. L'empereur représente l'union psychosomatique : communication du corps et de l'esprit.
5. Le bouclier est bien représenté dans l'arcane, mais il est devenu inutile; en tout cas, il est inutilisé. L'Empereur n'a plus besoin de se défendre. Cet attribut ne lui sert plus. En fait, si l'on observe l'écusson de près, on a l'impression que l'aigle repose en partie sur deux pierres extérieures, comme s'il appartenait à l'environnement, libéré de l'objet dont il est l'emblème. Ceci peut signifier que la situation de l'Empereur s'assure d'elle-même, se défend toute seule ou, si l'on préfère, qu'il est inattaquable. L'aigle, ici, est neutralisé avec ses ailes repliées vers le bas. Il n'est pas nécessaire qu'il agisse. Il est en sommeil.
6. L'Empereur est confronté à la réalité extérieure. Il est pleinement conscient du monde qui l'entoure, profondément ouvert sur l'extérieur. Ce n'est pas seulement sa propre histoire, sa propre évolution, qu'il contemple, c'est celle de l'humanité tout entière. Également être dehors, c'est certes être libre mais c'est aussi s'exposer aux dangers, aux agressions extérieures (ne pas avoir de toit sur la tête) et, nous l'avons vu avec l'étude du bouclier, le personnage n'est pas sur la défensive, aucune arme ne le protège. Il ne craint rien. Il n'a pas peur. Il est serein non pas parce qu'il se met à l'abri (être dedans) mais parce qu'il a confiance dans ses capacités et dans la vie. Il symbolise l'assurance, fruit d'un travail intérieur sur les énergies et sans caractère présomptueux. Il est détaché de l'attitude humaine ordinaire, faite de tensions et d'inquiétudes. Le tourment intérieur est inutile et stérile, il est nécessaire de s'en défaire.
« C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans les greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? »
7. Les chaussures blanches représentent un élément primordial car de tous les personnages du Tarot, l'Empereur est le seul à être chaussé de blanc. Symboliquement, cette couleur indique l'expérience, ou plus exactement, la sagesse que donne l'expérience. Être pourvu de chaussures blanches, c'est littéralement, en mode analogique : « avoir des pieds intelligents ». Cela signifie que tout mouvement procédera nécessairement de la tête. Tout déplacement sera sage et avisé. L'Empereur sait où il met les pieds. Il ne peut être sujet à l'erreur.
8. Sa coiffe ressemble plus à un casque qu'à une couronne. On peut évoquer à ce sujet, la notion de « guerrier » au sens ésotérique ou spirituel du terme. Non pas le soldat qui se bat pour tuer mais celui dont la lutte représente la quête du sacré. Plus concrètement, le Tarot nous signifie que l'Empereur, en tant que guerrier, doit sa position au combat qu'il a mené (principalement contre lui-même). Il a acquis son statut par les mérites qu'il a déployés, par le travail qu'il a accompli, par l'énergie qu'il a investie. Il a conquis sa condition. Elle est le fruit d'un long et peut-être douloureux combat. Elle n'est pas le résultat de quelques possessions matérielles ou de quelques références à une personne lui conférant son rang (comme pour l'Impératrice) mais elle est réellement l'expression de la lente transformation intérieure, du développement méthodique de ses qualités, de l'exploitation saine et positive des potentialités évoquées par le Bateleur.
On pense également au casque d'Hadès, rendant le dieu invisible et donc invulnérable. Le casque revêt un caractère protecteur; il accroît la puissance en même temps qu'il préserve des blessures mentales (chez l'Empereur, la protection est cérébrale).
9. La posture physique de l'Empereur rappelle étrangement certaines positions d'équilibre pratiquées dans le yoga et plus particulièrement celle qui a pour nom : l'arbre. Or, dans l'expérience, tout équilibre physique procède d'un équilibre psychique. Si la conscience est agitée, l'équilibre du corps est rompu. Cette attitude corporelle exige une grande vigilance, la concentration des énergies, et le calme intérieur. L'Empereur, en assurant sa posture, en trouvant son centre de gravité, nous révèle la qualité de son âme qui est harmonie, sérénité et quiétude.
La position des jambes indique, en outre, une fermeture aux influences extérieures et aux sollicitations négatives, pour accroître la concentration des forces intérieures et positives. Oswald Wirth établit une comparaison entre la posture de l'Empereur et un symbole alchimique. À ce propos, il écrit : « Il personnifie le Feu vital qui brûle aux dépens du Soufre des Alchimistes, dont le signe est le triangle surmontant la croix ».
Le Nom
C’est : « L'Empereur »
Définition du Larousse : « Chef souverain d'un empire »
Son nom le définit comme une figure d'autorité. Il lui confère les fonctions sociales et matérielles les plus élevées. Pourtant on note un certain dépouillement dans le décor. Principalement, il manque le royaume, non pas parce que le pouvoir de l'Empereur n'est pas réel, mais plutôt parce qu'il règne sur le temple que constitue son corps. Il gouverne les autres, mais avant tout, l'Empereur se gouverne lui-même; il gouverne son propre empire. Il est l'Empereur de sa vie. Sa quiétude mentale et sa décontraction apparente proviennent de ce contrôle, de cette absence de peurs paralysantes, de doutes inutiles et d'hésitations vaines. Le premier résultat obtenu, dans l'évolution du Tarot est celui de l'Empereur: avoir vaincu les tentations de l'Impératrice.
Sens initiatique
En regard à l'Impératrice, l'Empereur suggère plus la notion de stabilité que celle d'exercice du pouvoir. C'est ici la description d'une réalisation réelle et incontestée à la différence du pouvoir de l'Impératrice qui se situe dans la dépendance des possessions matérielles ou du masque social. L'Empereur est plus qu'il n'a, l'impératrice a plus qu'elle n'est. Il a intégré l'action pure (Bateleur), la connaissance (Papesse) et le pouvoir (Impératrice). Il a compris la relativité des choses. Il existe en tant qu'individu dans le détachement et la sobriété. Il incarne la certitude, celle que l'on poursuit avec acharnement, qui n'est pas confort mental mais paix de l'âme. Celle seule qui autorise le repos.
Par son absence d'activité, il manifeste la concentration des énergies. Il marque une phase d'intériorisation, non pas dans l'esprit mais dans le corps. Il valorise ainsi le pouvoir de la matière, libératrice lorsqu'elle n'enchaîne pas. Il est totalement investi dans son sceptre, en signe d'harmonie et d'osmose avec la fonction qu'il occupe. Il a intégré le pouvoir, ce qui lui donne la force de brandir le bâton sacré. Son corps s'est adapté aux exigences de la situation (main volumineuse); il s'est transformé, exprimant par là le changement nécessaire à toute évolution.
Sens psychologique
L'Empereur, sur un plan psychologique, est l'aspect masculin de l'Impératrice, son complément indispensable, son recto, son opposé dans l'union des contraires. Ils symbolisent l'un et l'autre une prise d'indépendance, l'autorité que l'on exerce sur quelque chose ou quelqu'un, y compris, et surtout, sur soi- même. Ils manifestent la position hiérarchique élevée, la réussite matérielle, le statut social respectable et respecté. Il peut être intéressant d'analyser ce qui pour l'observateur ou le consultant différencie l'Empereur de l'Impératrice, à l'exception de leur sexualité respective naturellement.
Le Mythe
L'Empereur apparaît comme l'homme fiable, solide et prévisible. Il désigne le protecteur, non pas moral comme le Pape, mais matériel et physique. Son corps et sa présence rassurent. Il devient l'image de l'homme sur lequel on peut compter : l'époux, le partenaire affectif, le père, le grand frère. Il a également l'envergure d'un directeur et, son attitude déterminée, peut le faire craindre ou redouter. Inébranlable, il devient gênant ou dérangeant, obstiné ou obtus. Toutes les projections sont autorisées sur les arcanes, mais elles respecteront toujours un fil conducteur. L'Empereur, par exemple, repose sur la notion de force. Par contre, celle-ci peut être perçue positivement ou négativement.
Voila le premier homme que nous croisons sur le chemin. Le moins que l'on puisse dire est qu'il a de la prestance.
Cet arcane demande raison et contrôle de soi-même. Il faut lutter pour arracher et conserver le pouvoir, garder l'ordre dans ses pensées face au chaos qui monte de l'inconscient.
Zeus est obligé d'exiler son père et de combattre les forces venues de la terre et des enfers symbolisées par Typhon le serpent, pour régner. C'est pourquoi le mythe de Zeus continue à vivre dans cet arcane du tarot. Le Bateleur, en arrivant à cet arcane, commence à apprendre à raisonner et à ordonner ses pensées.
L'Empereur et le mythe de Zeus
Chronos - Saturne, ayant châtré son père Ouranos, régna sur un monde ordonné. Mais ce dieu du temps, rusé et patient, fait pour durer l'éternité d'une création, se révèle en fait trop jeune. Comme il n'est pas reconnaissant, Chronos a renvoyé dans les entrailles de la terre les Cyclopes et les Titans qui l'avaient aidé à détrôner son père. Gaïà et Ouranos lui ont prédit qu'il serait renversé par un de ses enfants. Alors, chaque fois que son épouse Rhéa, la Titane, en met un au monde, il l'avale tranquillement. Rhéa n'en peut plus de voir disparaître sa progéniture dans le ventre de son époux. Elle demande un conseil à ses procréateurs qui lui disent d'aller accoucher en Crète, dans la grotte du mont Ida. Lorsque l'enfant naît, un aigle vient se poser sur un chêne à côté de la grotte, signe de la future souveraineté du nouveau-né. Pour que Chronos ne le trouve ni sur terre ni dans les mers, éléments qu'il contrôle, Rhéa attache le berceau aux branches du chêne, le plaçant ainsi dans l'air qui n'est pas sous la puissance de Chronos. Puis elle emmaillote une pierre qu'elle présente à son époux qui l'avale sans se rendre compte de la supercherie. L'enfant est élevé par une autre Titane, Métis, intelligente, discrète et habile. Elle fait bénéficier le jeune Zeus de ses conseils et l'éduque. Devenu adulte, Zeus demande à Métis de préparer un philtre extrait de la pomme d'or, que Rhéa fait boire à Chronos. Celui-ci, pris de vomissements incoercibles rend alors tous les enfants qu'il avait avalés. Zeus aidé de ses frères, libère les Titans et les Cyclopes, les monstres enfermés dans la nuit creuse de la terre et s'empare du trône; il exile Chronos sur la terre. Ce dernier commence alors à méditer sur les problèmes du temps; comme il est philosophe et patient, nous le retrouverons.
Zeus a reçu des Cyclopes la foudre qui lui assure le pouvoir absolu; mais il refait la même erreur que son père, il fait redescendre dans le Tartare les Titans, Cyclopes et autres monstres. L'aigle qui avait assisté à sa naissance se pose sur l'Olympe et Zeus instaure le patriarcat. Il épouse d'abord Thémis, la Titane, née de l'union primordiale, personnification de la justice et de l'ordre établi. Il lui donne Delphes pour royaume; comme Thémis a le pouvoir de lire dans le cours du temps, elle n'est pas surprise quand Zeus lui préfère Héra, la jalouse, la coléreuse, aux caprices exigeants. Zeus et Héra sont les premiers à contracter un mariage légal, ils se légitiment eux-mêmes. Protectrice de l'hymen, Héra poursuit les unions irrégulières de son esprit sourcilleux et jaloux; comme Zeus ne peut être pris pour un mari fidèle, l'olympe retentit souvent de leurs scènes de ménage légendaires.
Mais la lutte avec les puissances souterraines n'est pas terminée. L'aigle, le symbole de Zeus, le seul animal à pouvoir regarder le soleil en face représente la conscience, le pouvoir spirituel et le triomphe de l'esprit sur la matière quand il tient entre ses serres le serpent, symbole de la terre. Entre ces deux animaux va s'engager une lutte terrible.
Sous terre bouillonnait une révolte énorme. Les forces enfermées dans la nuit des ténèbres pour la deuxième fois aspiraient à revoir la lumière, à acquérir, en fait, la conscience. La terre brassait pour elles son feu intérieur et toutes les puissances destructrices croissaient en silence dans le grouillement des forces engendrées par la nuit. Les Titans firent une sortie violente, montèrent à l'assaut de l'Olympe mais perdirent la bataille une troisième fois. Zeus armé de sa foudre, aidé par son aigle, les rejeta. Alors la terre s'unit aux enfers pour procréer un monstre effrayant, immense, plus haut que les montagnes. Son corps était couvert d'écailles et de vipères, ses queues multiples s'étendaient dans toutes les directions. Sa tête touchait les étoiles accrochées au grand corps mutilé d'Ouranos. Ses ailes gigantesques et noires couvrirent les mondes connus et les ténèbres s'abattirent sur la terre et sur l'Olympe. Les dieux, épouvantés par ce monstre, Typhon, s'enfuirent de leur demeure et se transformèrent en animaux. Mais Athéna, la déesse guerrière, sortie toute casquée de la tête de Zeus, se ressaisit et passa à l'attaque, lance au poing, secondée par l'aigle. Elle combattit le monstre serpent, le chassa vers le mont Êta et, maintenant son pied chaussé sur la tête de l'animal, le repoussa dans l'abîme qui le reçut dans un fracas épouvantable.
Il y eut un grand silence, celui qui règne après les batailles cosmiques. La terre referma ses plaies, engloutit sa créature blessée mais toujours vivante. Zeus comprit qu'un compromis était nécessaire : il accorda aux Titans, aux Cyclopes, une semi- liberté. Ainsi s'établit la paix temporaire entre l'aigle et le serpent, force tellurique, inconsciente. L'union de ces deux puissances mène à la sagesse, à la connaissance de soi.
Les dieux - hommes : les rois et l'aigle
Aux premiers temps de Babylone, comme en Égypte, les rois étaient considérés comme des dieux. Ils étaient parfaits, ne pouvaient mentir et possédaient toutes les vertus des dieux. Ils avaient don de guérison et pouvoir de justice. Si des malheurs s'abattaient sur la ville d'un roi, ou si celui-ci tombait malade, cela signifiait que le pouvoir était perverti : le roi devait se purifier ou être déposé pour que la ville survive. Plus loin dans le temps, il était purement et simplement sacrifié.
Les rois de France ont longtemps gardé dans l'esprit de leurs sujets le don de guérir après leur sacre, spécialement les écrouelles.
Dans les récits de l'Iran ancien, quand il existait une lutte entre deux candidats à la royauté, le prêtre les assistait pendant une veillée mystique, puis au jour, ils partaient pour une chasse rituelle; ils devaient s'emparer d'un aigle vivant et le ramener. Le vainqueur devenait roi.
Dans les légendes de l'Europe centrale, un aigle se posait sur la maison où devait naître un roi. Dans les récits de l'Europe du Nord, l'aigle présidait à la naissance des reines, attestant la royauté par les femmes de ces peuples celtes et germains.
Dans d'autres mythologies, l'aigle intervient dans la création des capitales. La fondation de Mexico est racontée ainsi : un aigle, ayant dans ses serres un serpent, se posa un jour sur un cactus et attendit. Le bruit de ce phénomène se répandit et des prêtres furent avertis. Ils décidèrent que c'était un signe divin et qu'il fallait construire la capitale de leur pays là où se tenait l'aigle.